L'Islande n'a ni armée de terre, ni marine, ni armée de l'air, et elle n'a jamais déclaré la guerre à personne. Pourtant, la Seconde Guerre mondiale a transformé le pays plus qu'aucun autre événement de son histoire moderne. Ce guide répond à la question que se posent concrètement les voyageurs : l'Islande a-t-elle été envahie, les Islandais ont-ils combattu, et le pays a-t-il déjà connu la guerre, avec les dates et les chiffres qui comptent réellement.
En bref
L'Islande n'a pas combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, mais elle a été occupée. Le Royaume-Uni a envahi le pays officiellement neutre le 10 mai 1940 pour empêcher que l'Allemagne ne s'en empare, et les États-Unis ont pris le relais de l'occupation en 1941. L'Islande n'a jamais levé d'armée et aucune force islandaise n'a combattu pendant le conflit, mais selon les estimations historiques (les chiffres varient selon les sources, notamment les Archives nationales d'Islande / Þjóðskjalasafn Íslands), entre environ 159 et 220 Islandais sont morts directement à cause du conflit, la plupart des marins disparus en mer. L'Islande n'a jamais eu d'armée permanente et n'a mené aucune guerre pour son propre compte depuis le Moyen Âge, à l'exception d'un différend pacifique sur la pêche avec le Royaume-Uni au milieu du XXe siècle, connu sous le nom de Guerres de la morue.
L'Islande a-t-elle été envahie pendant la Seconde Guerre mondiale ?
Oui. L'Islande a été envahie par les forces britanniques le 10 mai 1940, et non par l'Allemagne. L'Islande s'était déclarée neutre au début de la guerre en Europe, en septembre 1939, mais la neutralité ne garantissait pas la sécurité. Après l'invasion allemande du Danemark et de la Norvège en avril 1940, les Alliés comme l'Allemagne ont compris l'intérêt stratégique de la position islandaise dans l'Atlantique Nord pour contrôler les routes maritimes et traquer les sous-marins.
Le Royaume-Uni a agi en premier. Au petit matin du 10 mai 1940, les habitants de Reykjavík se sont réveillés au bruit inhabituel d'avions survolant la ville. Beaucoup sont descendus vers le port pour voir ce qui se passait, et un certain soulagement collectif s'est fait sentir en découvrant que les navires et les troupes appartenaient au Royaume-Uni, et non à l'Allemagne. Le gouvernement islandais a protesté contre cette occupation, qu'il jugeait contraire à sa neutralité, mais n'a opposé aucune résistance armée : il n'avait tout simplement pas les moyens militaires de le faire.
L'Islande disposait-elle d'une armée pendant la guerre ?
Non. L'Islande n'avait pas d'armée permanente en 1940, et n'en a toujours pas aujourd'hui. C'est l'un des rares aspects qui rend l'expérience islandaise de la Seconde Guerre mondiale singulière par rapport à presque tous les autres pays européens : le pays a été occupé, jugé stratégiquement important, et directement touché par les pertes de la guerre, sans jamais avoir aligné le moindre soldat.
Des Islandais sont-ils morts pendant la Seconde Guerre mondiale ?
Oui. Même sans armée, les pertes islandaises liées à la guerre ont été bien réelles. Selon les estimations historiques (les chiffres varient selon les sources, notamment les Archives nationales d'Islande / Þjóðskjalasafn Íslands), entre environ 159 et 220 Islandais sont morts directement à cause de la guerre, dont un nombre estimé entre 130 et 170 en mer, la plupart abattus par des sous-marins alors qu'ils travaillaient sur des navires marchands ou de pêche qui assuraient le ravitaillement de l'Islande et son lien avec le Royaume-Uni. Pour un pays d'aussi petite population, ces pertes ont marqué durablement de nombreuses communautés.

De l'occupation britannique à l'occupation américaine
Les forces d'occupation britanniques ont rapidement grossi, et dès 1941, la charge de loger et d'approvisionner des dizaines de milliers de soldats est passée aux États-Unis, qui ont pris le relais de l'occupation cette année-là, en vertu d'un accord conclu avec le gouvernement islandais. Au plus fort de la présence militaire étrangère, on comptait environ 50 000 soldats selon les estimations historiques (les chiffres varient selon les sources), un chiffre considérable si l'on sait que la population totale de l'Islande à cette époque n'était que d'environ 120 000 habitants. Pendant un temps, les troupes étrangères représentaient donc près de la moitié de la population du pays.

Cette présence militaire a transformé l'économie presque du jour au lendemain. Le Royaume-Uni a fait venir des milliers de baraquements préfabriqués, appelés Nissen huts, et de nombreux Islandais ont été embauchés pour les construire et les entretenir, ainsi que pour bâtir routes, quais et aérodromes. Certains historiens considèrent l'Islande comme l'un des rares pays à être sorti de la Seconde Guerre mondiale économiquement plus prospère qu'il ne l'était en y entrant, en grande partie grâce à ce boom de la construction et aux salaires qui l'ont accompagné.
| Période | Événement | Forces étrangères présentes en Islande | Rôle militaire islandais |
|---|---|---|---|
| Sept. 1939 | Début de la Seconde Guerre mondiale en Europe | Aucune | L'Islande déclare sa neutralité |
| Avril 1940 | L'Allemagne envahit le Danemark et la Norvège | Aucune encore | L'inquiétude grandit face à la vulnérabilité de l'Islande |
| 10 mai 1940 | Le Royaume-Uni envahit et occupe l'Islande | Troupes britanniques, effectifs atteignant environ 25 000 hommes (estimations variables selon les sources) | Aucune armée islandaise n'existait |
| 1941 | Les États-Unis prennent le relais de l'occupation | Pic combiné d'environ 50 000 soldats (estimations variables selon les sources) | Aucun |
| 1944 | L'Islande devient une république pleinement indépendante | Les forces d'occupation restent présentes | Aucun |
Les Islandais ont-ils combattu pendant la Seconde Guerre mondiale ?
Pas de manière organisée ou officielle. Faute d'armée, il n'existait aucune unité islandaise de terre, de mer ou d'air engagée dans le conflit. Un petit nombre d'Islandais se sont trouvés directement mêlés à la guerre, certains ont été internés dans des camps allemands après avoir été bloqués à l'étranger ou capturés en mer, mais il n'y a jamais eu de rôle combattant islandais officiel.
Il existe toutefois un fil ténu à connaître : les Islandais de l'Ouest, c'est-à-dire les Islandais émigrés au Canada au XIXe siècle, ou leurs descendants, avaient l'habitude de s'engager dans les forces canadiennes, une tradition remontant à la Première Guerre mondiale. Il est raisonnable de supposer que certains ont également combattu pour le Canada durant la Seconde Guerre mondiale, mais il s'agit là d'une histoire liée à la diaspora islandaise à l'étranger, et non d'une participation de l'Islande en tant que pays au conflit.
L'Islande a-t-elle déjà connu la guerre ?
L'Islande n'a pratiquement aucune histoire de guerre au sens moderne du terme. Depuis sa colonisation à l'époque viking, l'Islande n'a jamais entretenu d'armée, et elle n'a mené aucune guerre pour son propre compte à l'époque moderne. L'épisode le plus proche d'un conflit armé dans son histoire récente reste les Guerres de la morue, une série de différends sur les droits de pêche avec le Royaume-Uni au milieu du XXe siècle, marqués par des confrontations entre les navires des garde-côtes islandais et des chalutiers et navires de guerre britanniques, mais qui n'ont jamais dégénéré en guerre déclarée. Combinée à l'occupation de la Seconde Guerre mondiale, cette histoire donne à l'Islande un profil singulier : un pays directement touché par les conflits, mais qui n'en a pratiquement jamais initié ni mené avec ses propres forces.
Quelles traces de la Seconde Guerre mondiale peut-on encore voir en Islande aujourd'hui ?
Si vous préparez un road trip en voiture, vous croiserez sans les chercher spécialement de petits vestiges physiques de cette période. Des restes d'infrastructures militaires datant de cette époque, fondations de baraquements, pistes d'aviation, silhouettes de Nissen huts, subsistent encore autour de la région de Reykjavík et de la péninsule de Reykjanes, héritage du boom de construction britannique et américain du début des années 1940. Rien de tout cela ne demande d'itinéraire particulier : ces éléments font simplement partie du paysage que vous traverserez lors d'un itinéraire classique sur la Route circulaire (Ring Road) ou dans le Reykjanes.

Pour les voyageurs qui souhaitent intégrer cette étape historique à un road trip plus long, mieux vaut choisir le véhicule et la période en fonction de votre itinéraire réel plutôt que l'inverse. Si vous conduisez entre octobre et avril, il est utile de vous renseigner sur la conduite en Islande en hiver avant de partir, et si votre séjour est centré sur Reykjavík, notre guide du stationnement à Reykjavík détaille le système de zones de la ville pour éviter les mauvaises surprises. Pour une vision plus large de l'histoire et des traditions islandaises au-delà de la Seconde Guerre mondiale, nos articles sur la culture islandaise constituent une bonne étape suivante, et si vous n'avez pas encore choisi votre véhicule, notre présentation de la flotte couvre toute la gamme, des petites voitures 2WD aux 4x4.
Erreurs à éviter en s'informant sur l'histoire de l'Islande pendant la Seconde Guerre mondiale
Quelques idées reçues reviennent assez souvent pour mériter d'être corrigées directement :
- Croire que c'est l'Allemagne qui a envahi l'Islande. C'est le Royaume-Uni, le 10 mai 1940, précisément pour empêcher une occupation allemande.
- Croire que l'Islande a combattu pendant la guerre. L'Islande n'avait pas d'armée et n'a pris part à aucun combat militaire ; elle a été occupée, pas belligérante.
- Croire que l'occupation a été de courte durée. Les troupes étrangères sont restées en Islande de 1940 jusqu'à la fin de la guerre et au-delà, les États-Unis prenant le relais du Royaume-Uni en 1941.
- Confondre l'occupation en temps de guerre avec l'histoire militaire plus large de l'Islande. Le seul autre épisode notable proche d'un conflit, les Guerres de la morue, s'est produit des décennies plus tard et concernait un différend de pêche, pas une guerre mondiale.

